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  • Julien Marquis

Les châtelains et les châteaux ont-ils fait leur révolution ?



  • En quelques mots, c’est quoi un château ?

Depuis des siècles, le château est un symbole dans le paysage de nos campagnes. Nous ne ferons pas l’historique de la construction d’habitats fortifiés de toutes sortes (d’autres le font bien mieux que moi : voir Hervé Mouillebouche ou Jean Mesqui entre autres sur le sujet). Pour résumer en quelques mots, le château c’est d’abord un lieu de défense (évidement !), un lieu de pouvoir et de justice, il est communément admis qu’il n’y a pas de châteaux sans pouvoir mais qu’il n’y a pas non plus de pouvoir sans château à l’époque médiévale (voir André Debord).

Dans cette optique, le château est le centre du pouvoir de la seigneurie et le coeur administratif qui fait battre tout un territoire. Il convient donc de comprendre qu’au delà d’une demeure, le château est avant tout la maison du maitre du domaine. Domaine qui doit vivre, prospérer et créer de la richesse (ne nous étendons pas sur comment est créée cette richesse à l’époque féodale), faisons juste le constat qu’un château a une fonction importante dans l’organisation de la société d’Ancien Régime.

Donc forcément le châtelain, au delà de sa fonction première de défendre « ses gens » et de « guerroyer » , est une sorte (avec tous les anachronismes que cela comprend) de gestionnaire de domaine, qui fait fructifier son capital (forêts, terres agricoles, maisons, impôts qu’il perçoit, etc…) pour vivre et donc construire, embellir ou agrandir sa demeure.

Symbole de pouvoir, maison du maitre du domaine, n’oublions pas, notamment après la Renaissance, que le seigneur-châtelain se transforme aussi en mécène et que l’art fait très rapidement son entrée dans l’architecture et la décoration du château : finalement le château c’est un peu la Mercedes 500 full option de l’époque voir peut-être même la Rolex ! Donc forcément quand le château perd son rôle défensif, que le châtelain perd son rôle militaire (localement en tous cas), tous deux doivent se transformer.

Même à l’époque moderne (XVIème, XVIIème, XVIIIème siècles), le château conserve sont rôle de centre de pouvoir, lieu de développement artistique et beaucoup d’autres fonctions.

Durant presque 800 ans, le château a sensiblement conservé la même fonction.


  • Une place pas très forte !

Forcément après la Révolution et l’abolition des privilèges, le château est un peu hors course dans le modèle d’une nouvelle société (pas si nouvelle que ça). Vendus comme biens nationaux, échappants aux pillages, conservés par leur propriétaires, les cas sont variés mais une chose est certaine le XIXème siècle oblige à une transformation de ces monuments.

Notamment avec la montée en flèche d’une noblesse issue de l’Empire et d’une bourgeoisie puissante, qui rachète des domaines et les modernise. Les grands châteaux sans confort, à défaut d’être restaurés après les abandons révolutionnaires, sont aménagés avec toute la modernité de l’époque. Ces grands changements vont s’opérer jusqu’à la Première Guerre Mondiale.

Dorénavant équipé de lieux d’aisance, de garages ou encore de fourneaux, le château fait peau neuve, et là encore, les grands domaines constitués par leurs ancêtres ou leurs prédécesseurs permettent aux châtelains de survivre. Mais c’est tout un mode de vie qui est en train de changer.

Le grand nombre de serviteurs dans le château, d’ouvriers sur les domaines, commencent à coûter cher ! Le monde change et avec lui les grands domaines doivent évoluer. C’est ainsi qu’on voit par exemple l’apparition de ferme modèle (très belle exemple au château de Dumphlun dans la Nièvre) dans certains châteaux pour transformer des domaines vieillissants en fleuron de l’économie agricole. Ces transitions fonctionnent assez bien et vont permettre à certains domaines de survivre. Mais une des grandes problématique, c’est la division des terres notamment du fait de la réforme des successions. Les terres sont donc distribuées aux héritiers, parfois même elles sont déconnectés du château ! Et là c’est le début de la fin : plus de terres, plus de ressources et sauf d’avoir une fortune personnelle ou un métier lucratif, difficile d’entretenir les monuments.


  • Et maintenant, que vais-je faire ?


Et de tout cela découle la situation que nous connaissons actuellement, les châteaux se cherchent une place dans notre société moderne.

Après la Seconde Guerre Mondiale, les politiques vont s’emparer de la nécessité de préserver le patrimoine, l’organisation territoriale, les lois de décentralisation vont mettre sur le terrain un flot de spécialistes chargés d’inventorier, classer et subventionner les monuments les plus intéressants ! Dans ce contexte, les monuments sont maintenus dans un état de conservation acceptable à grand renfort de subventions (mais aussi d’interventions hors de prix) et viennent éviter la catastrophe après presque 200 ans de disette, où les travaux d’entretien ont tout juste été fait et où les travaux d’envergure sont passés à la trappe !

Par contre, 150 ans de politique patrimoniale, où l’on a beaucoup parlé de travaux mais très peu d’usage ! Et c’est bien là tout le problème. Le château a été considéré dans sa fonction pré-révolutionnaire et pas du tout comme un lieu pouvant changer de destination. Du coup, on a un peu collé de grosses rustines sur des résidences secondaires sans jamais trop se poser la question de leur avenir et de leur transmission pour les générations futures…

Pourtant certains se sont posé la question très rapidement, souvent les grands monuments privés sont les premiers à tirer leur épingle du jeu et à se dire : « Il faut ouvrir au public » et cela dans une vision économique de la question. En 1922, le marquis de Vibraye ouvre le château de Cheverny à la visite, il faudra attendre 1968 pour Vaux-le-Vicomte. Mais il faudra attendre bien des années pour voir l’émergence de projet économiques globaux dans des lieux de patrimoines.


  • La révolution est en marche ?


Oui et non ! Depuis une trentaine d’années, la chute soudaine, mais annoncée, des subventions liées à la restauration des Monuments Historiques a substantiellement modifié l’équilibre budgétaire qui permettait d’imaginer l’avenir des châteaux, et c’est le moins que l’on puisse dire. Dans la réalité, le châtelain du XXème et encore plus celui du XXIème siècle, s’est transformé en homme à tout faire, domestique de son château ! Et oui, vous aviez l’impression qu’un châtelain était un homme oisif fumant sa pipe et attendant les jours de chasse ? Que nenni ! La réalité est un peu différente pour bon nombre d’entre eux et le châtelain (et sa famille) se transforme soudain en dirigeant de PME qui est sur tous les fronts.

Beaucoup de monuments se sont ouverts au public, par nécessité de l’entretien mais aussi parfois par choix de vie, celui de rester dans son domaine. D’autres monuments ont poussé la transformation touristique à son paroxysme, en transformant certains monuments en hôtels de luxe. Petit à petit des projets ont commencé à naître : qui n’a jamais entendu parler de la création d’un hôtel de luxe dans un château à proximité de chez soi ; mais pas toujours avec succès, voir même rarement. Dans mon métier, quand j’entends le mot « château » et le mot « hôtel de luxe » dans la même phrase, je crains souvent le pire ! Beaucoup de promoteurs d’une autre époque ont débarqué dans le monde du patrimoine pour proposer ce genre de projets…. beaucoup ont laissé un gout amer !

Mais quand on fait le calcul, sur les 40000 châteaux, très peu sont ouverts à la visite. Beaucoup restent des résidences secondaires (ou principales), parce que de taille modeste, les grands châteaux eux, ont majoritairement fait le choix du tourisme et/ou de l’événementiel. D’autres sont sur des activités mixtes, comme par exemple dans les régions liées à la chasse et ne parlons pas de domaines viticoles.


  • Les néo-châtelains à la recherche du bon créneau !


Transmission récente, projet de vie, les néo-châtelains cherchent le bon créneau et la bonne formule pour vivre la vie de château !


De nombreux châteaux changent de main ! C’est à la fois une bonne nouvelle, parce que ça implique de nouveaux projets, des travaux etc… mais ça interroge aussi sur un ras-le-bol éventuel de la génération précédente. Aujourd’hui, 1500 châteaux sont sur le marché de l’immobilier et l’on s’aperçoit que la difficulté grandit de prendre soin de ces vieilles demeures.


Alors le néo-châtelain, forcément il se positionne comme un « audacieux » (pour reprendre le nom d’un groupe facebook créé autour de jeunes repreneurs de monuments historiques) et donc il réfléchit son projet en fonction de travaux mais aussi autour d’un impératif économique.


Plusieurs exemples nous viennent à l’esprit :

  • Nicolas Navarro (et sa famille) au château du Taillis en Normandie rachète le domaine en 1998, pour entreprendre le projet de restauration et de sauvetage du château, l’exploitation du domaine est un impondérable ! En 20 ans, de nombreuses activités ont été développées en plus des traditionnelles visites ; un musée « août 1944 » ; mais aussi des locations de gîtes, pour les mariages et les séminaires. Depuis quelques années, des escape-game et des murders parties y ont également vu le jour.


  • pour Edouard Guyot au château de Vaux, pour sauver ce monument emblématique de l’Aube, l’utilisation des dépendances pour des mariages et des manifestations est au coeur du projet économique, à cela vous pouvez rajouter des manifestations de grande ampleur et vous avez un projet qui roule !

Dans ces deux cas, c’est l’état du château (en péril ou proche de l’être) qui a forcé le projet, dans certains cas c’est aussi l’assurance de pouvoir commencer son projet avec un foncier très bas, idéal pour les petits budgets.


Mais une nouvelle race de châtelains arrive à grand pas sur le marché, celui des entrepreneurs qui pensent leur château comme une entreprise, et qui réfléchissent à leur gestion avec un axe de développement entrepreneurial.

Sommes nous en train de passer d’une vision archaïque et passéiste à la start-up attitude ? Diantre non ! Même si quelques exemples montrent des fonctionnement dans l’idée d’une start-up, ils restent tout à fait à la marge. Et les néo-châtelains restent avant tout des amoureux du patrimoine qui veulent vivre un rêve, mais qui ont à l’esprit la réalité du monde qui les entourent.

  • Et chasseur de châteaux dans tout ça ?

Chasseur de châteaux est là pour proposer de réfléchir à des projets globaux afin de trouver de nouveaux usages aux monuments.


Comme on est accompagné sur la stratégie ou sur la création d’une entreprise, nous sommes les accompagnateurs des projets patrimoniaux qui ont de nombreuses spécificités et ne peuvent se réfléchir sur un seul axe.

En effet, pour pouvoir construire une activité qui nourrit toute la famille, il faut imaginer quasiment un eco-système qui viendra créer une activité.

Même si l’activité peut-être assez étendue, elle doit aujourd’hui être innovante, originale pour être attractive mais elle doit aussi respecter le lieu, s’inspirer de son histoire et rester cohérente avec son territoire.

Voila tout l’enjeu de chasseur de châteaux que d’être le chef d’orchestre de cela pour assurer de la cohérence, de la viabilité, pour que le rêve de châteaux ne se transforme pas en banqueroute.

Alors pas d’hésitation néo-châtelains, châtelains si vous voulez réfléchir à l’avenir de votre monument ou futur monument, nous sommes là, pour proposer des audits, de la création de projet, de l’accompagnement dans de nombreux domaines notamment liés à l’accueil touristique.

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